Migrations - Déclaration du Président de la République (Paris, 22/07/2019)

Migrations - Déclaration du Président de la République (Paris, (...)
L’engagement de la France est complet pour poursuivre à la fois une politique humaine, efficace qui correspond à nos principes sans pour autant être une politique de laxisme, des responsabilités mais qui surtout permet de faire respecter le droit humanitaire, le droit international, de répondre à une crise humanitaire que nous vivons aujourd’hui en Libye dans une zone de conflit, de permettre à l’Europe de répondre à ces principes et aussi de ne laisser monter le populisme nulle part. C’est cette équation qu’il nous faut collectivement résoudre.
Déclaration du Président de la République
22 juillet 2019 - Seul le prononcé fait foi

Bien, je voulais remercier en tout cas nos amis d’être là aujourd’hui, le Directeur général de l’Organisation Internationale des Migrations, le Haut-Commissaire auprès des Nations Unies aux réfugiés et le Commissaire européen pour le travail qui s’est fait ce matin avec les ministres de l’Intérieur, des Affaires étrangères et leurs homologues. Les ministres peuvent nous rejoindre. Ils ont ensuite travaillé avec nous cet après-midi. Il y a eu, ce matin, un travail européen, et cet après-midi un travail sur les situations qui font votre quotidien et qui nous préoccupent beaucoup.

Je vais simplement dire quelques mots après ces remerciements pour votre engagement et l’engagement aussi de vos institutions, et vous dire combien nous sommes à vos côtés.

Nous avons une priorité, qui est avant tout une priorité humanitaire, qui est la situation aujourd’hui en Libye. Nous avons assisté, en effet, à des bombardements de camps de réfugiés. Nous avons eu encore ce matin des attaques qui ont été faites à l’encontre des camps et des bâtiments du HCR, une situation extrêmement préoccupante qui menace chaque jour la vie des réfugiés, des femmes et des hommes qui sont en Libye et qui veulent construire un avenir dans des pays qu’ils ont souvent fui pour des raisons politiques qui pourront justifier qu’ils aient in fine l’asile, parfois pour des raisons économiques et sociales, mais qui sont en situation de grande vulnérabilité.

Face à cette situation, je tire plusieurs conclusions.

La première, c’est une demande express insistante de la France à l’égard des autorités libyennes de mettre fin à l’enfermement et aux situations aujourd’hui construites sur le terrain à l’égard de ces populations et de permettre, en lien avec le HCR, l’OIM et l’ensemble des forces en présence, que ces personnes qui sont en transit, en attente, puissent être mises en sécurité selon des protocoles qui ont d’ailleurs été proposés par les organisations internationales précitées.

La deuxième chose, c’est que nous puissions reprendre ce que nous avions lancé ici-même, à la fin du mois d’août 2017, puis à Abidjan en novembre 2017, en lien avec l’Organisation internationale des migrations, l’Union africaine et l’Union européenne, et en coordination étroite avec le HCR, qui est un programme permettant le retour volontaire et accompagné des personnes qui sont aujourd’hui réfugiées en Libye vers leur pays d’origine, qui est ce qu’on appelle le transit Sud-Sud. Beaucoup de personnes ont souvent été abusées par des réseaux de trafiquants qui leurs ont promis monts et merveilles, et se retrouvent en situation d’esclavage moderne ou de grand risque en Libye. C’est ce que nous avons réussi à mettre en place. Plusieurs milliers de personnes sont alors revenues dans leur pays d’origine grâce à ce programme.

Deuxième conclusion opérationnelle, c’est que nous allons relancer ce programme et nous engager, avec l’Union européenne et nos partenaires européens, à pouvoir financer, en lien étroit avec l’Union africaine, un tel programme qui permettra de mettre à l’abri aussi ces populations par un retour au pays d’origine, tout particulièrement quand on parle de femmes et d’hommes qui ne sont pas dans une véritable situation de demande d’asile mais qui ont plutôt fui pour des raisons économiques ou sociales. La troisième chose, c’est que nous allons renforcer nos moyens et notre coopération à l’égard du Niger, avec lequel nous avons une coopération absolument exemplaire, pour améliorer justement le contrôle et le démantèlement des réseaux de trafiquants, car, on le sait, ils sont nombreux, la route d’Agadez étant une des routes les plus exposées. Le Niger est un pays avec lequel nous coopérons très bien, je pense en particulier au travail que nous pouvons effectuer de manière bilatérale, qu’il s’agisse de l’Allemagne comme de la France comme de l’Union européenne, et donc nous allons relancer les actions très concrètes avec le Niger pour améliorer l’efficacité de nos programmes.

Enfin, sur ce sujet, j’avais annoncé, en août 2017, un programme de mise sous protection des personnes, avec des missions spécifiques de l’OFPRA en lien avec les organisations internationales. Je m’étais engagé à un programme de 10 000 protections. Nous sommes en passe de finaliser ce programme, et la France, aux côtés de l’Allemagne et de l’Espagne, est le pays qui coopère et contribue le plus à cet effort, qui est un effort légitime, qui permet que des femmes et des hommes qui ont droit à l’asile puissent être mis sous protection sans prendre tous les risques et traverser la Méditerranée. Ce programme a montré son efficacité. La France a été au rendez-vous de cet engagement, et donc non seulement nous allons le finaliser mais je souhaite ici prendre des engagements nouveaux pour que nous puissions continuer cette mise sous protection de ces populations, ce qui, je crois, est aussi une réponse efficace, et je souhaite que nos partenaires européens puissent nous accompagner dans cet effort, qui est aussi une réponse efficace et proportionnée parce qu’on parle de femmes et d’hommes à qui nous devons l’asile et qui sont menacés dans leur pays.

Ensuite, face à cette situation, c’est le deuxième volet après le volet strictement libyen, nous avons évoqué la situation, cet été, des traversées de la Méditerranée, donc l’ensemble des parties prenantes à la réunion de cet après-midi va se coordonner avec les ONG pour pouvoir agir efficacement, c’est-à-dire de manière à la fois humaine, humanitaire et efficace sur les traversées, éviter tous les risques pris, et ça, c’est tout le travail que nous avons mis en place de coopération avec les garde-côtes libyens, qui a montré son efficacité sous réserve des premiers points que je viens d’évoquer. C’est ensuite de s’assurer qu’aucun risque n’est pris pour quelque embarcation que ce soit et par quelque organisation que ce soit sur ces traversées, et c’est qu’enfin, nous ayons une réponse adaptée sur le plan européen.

Face à ce sujet, je crois sur ce plan à la responsabilité et la solidarité. Nous devons respecter les règles humanitaires et les règles du droit maritime, et donc lorsqu’un bateau est dans les eaux internationales ou quitte les eaux libyennes et prend en charge des réfugiés, il doit trouver refuge dans le port sûr le plus proche. Cette règle est une nécessité, c’est une nécessité juridique et c’est une nécessité pratique. On ne doit pas demander à ces bateaux de prendre des risques, de faire courir des risques dans des situations parfois extrêmement précaires à des femmes et des hommes qui cherchent une protection. Face à cela, il est évident que des situations cette fois-ci politiques sont apparues en Europe, qui ont tendu les choses et parfois créé des situations extrêmement vives. Je crois que la seule manière de les résoudre efficacement, c’est la coopération. Je regrette que certains aient décidé de ne pas venir à la réunion des ministres de l’Intérieur, ce matin, qui avait été initiée après la réunion d’Helsinki par les ministres, parce qu’on ne gagnait jamais rien à la non-coopération.

Par contre, je souhaite dire ici que nous, nous devons renforcer l’efficacité de notre solidarité entre Européens. Lorsqu’une embarcation arrive dans quelque État que ce soit en Europe, qui est l’État de première entrée, pour protéger des femmes et des hommes, aujourd’hui et depuis le début que nous avons pris cet engagement, la France fait partie des pays qui ont le plus coopéré et apporté, par le biais de l’OFPRA, des missions permettant justement d’aller chercher cette protection à celles et ceux qui y ont droit. La difficulté est que jusqu’alors, le mécanisme n’était pas suffisamment stable, pas suffisamment visible et la charge pour les États de première arrivée pouvait paraître insoutenable. La conclusion de la réunion de ce matin est que, sur le principe, 14 États-membres à ce stade ont donné leur accord sur le document franco-allemand présenté par la présidence finlandaise à Helsinki. Parmi ces 14, 8 États-membres ont, de manière active, acté de leur coopération et donc de leur participation à ces mécanismes stables, ce qui permettra au Commissaire, dans un tel cas, d’activer ces demandes, et la réponse de 8 États-membres pour faire partie justement de la solidarité qui est nécessaire. Au-delà de cela, ce que je souhaite, c’est que nous puissions avancer de manière efficace pour que l’ensemble des États-membres participe à cet effort. Je le redis, pour ma part, ce sera un élément clé des perspectives financières à venir. L’Europe n’est pas la carte lorsqu’il s’agit de la solidarité. On ne peut pas avoir des États qui nous disent : "moi, je ne veux pas de votre Europe quand il s’agit de partager la charge, mais je la veux bien quand il s’agit de toucher les fonds structurels." Ça ne durera pas. En tout cas, je ne validerai pas des perspectives financières qui iront dans ce sens.

Mais il nous faut, à court terme, être beaucoup plus efficace, donc nous allons poursuivre le travail diplomatique et de conviction avec les ministres pour pouvoir convaincre le maximum d’États-membres sur ce mécanisme, et nous allons renforcer le travail, sous l’autorité du Commissaire, avec l’ensemble des services compétents, dont Frontex, pour permettre des mécanismes aussi de retour vers les pays d’origine de celles et ceux qui n’ont pas droit à l’asile de manière beaucoup plus rapide et beaucoup plus efficace qu’on ne l’a aujourd’hui. Sinon, c’est une charge indue pour les pays de première entrée, et on sait que ça a été, pendant des années, le problème de l’Italie, dénoncé dès le début de la crise Mare Nostrum par le Premier ministre RENZI, à l’époque, et améliorer la réactivité de nos dispositifs avec le HCR et l’OIM pour permettre l’organisation de nos travaux et le retour volontaire de celles et ceux qui n’auront pas droit à l’asile en Europe, et pour éviter que la charge, là aussi, ne revienne aux pays de première entrée.

Ce que je veux dire par là, en substance, c’est que nous avons consolidé le mécanisme de répartition à court terme, que nous souhaitons aller plus loin et l’ancrer dans le droit dur européen mais que nous souhaitons aussi aller plus loin en responsabilisant l’ensemble des États-membres, les structures communautaires qui existent, et en améliorant l’efficacité aussi de nos politiques de retours volontaires ou contraints vers les pays d’origine. C’est indispensable pour améliorer à la fois l’efficacité et la solidarité que nous devons aux pays de première entrée. C’est ce que nous devons aussi aux pays européens qui ont montré leur esprit de responsabilité et leur courage ces derniers mois. Je pense tout particulièrement à Malte, et je veux ici rendre hommage à Malte et à son Premier ministre, qui n’ont cessé, durant la crise des derniers mois, d’apporter une réponse extrêmement pragmatique et qui ont permis à l’Europe, je dois le dire, de rester digne.

Maintenant, je remets aussi les choses en proportion. Nous ne sommes pas dans la situation de 2015 sur la route de Méditerranée centrale. Alors que nous étions face, véritablement, à une pression migratoire extrêmement forte en 2015, on parle, sous le contrôle du Commissaire, d’environ 40 000 arrivées depuis le début de l’année, ce qui est beaucoup plus modeste, par cette route. Donc nous sommes, sur ce sujet, dans une situation qui est extrêmement différente et qui nous permet d’avoir une réponse pragmatique. Voilà les quelques mots que je souhaitais dire.

L’engagement de la France est complet pour poursuivre à la fois une politique humaine, efficace qui correspond à nos principes sans pour autant être une politique de laxisme, des responsabilités mais qui surtout permet de faire respecter le droit humanitaire, le droit international, de répondre à une crise humanitaire que nous vivons aujourd’hui en Libye dans une zone de conflit, de permettre à l’Europe de répondre à ces principes et aussi de ne laisser monter le populisme nulle part.
C’est cette équation qu’il nous faut collectivement résoudre. Je remercie en tout cas à nouveau les autorités présentes aujourd’hui pour le travail constant que nous faisons ensemble et je veux ici leur redire l’engagement de la France. Monsieur le Commissaire, je vais vous laisser la parole.

Source : site du Présidence de la République

Dernière mise à jour le : 26 juillet 2019
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