Le Venezuela est plongé dans la plus grave crise humanitaire de son histoire

Situation humanitaire au Venezuela

Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

10 mars 2019

Monsieur le président,

Permettez-moi pour commencer de saluer tout particulièrement la participation à nos travaux du Secrétaire général des Nations unies et celle du vice-président des Etats unis.

Les intervenants, que je tiens à remercier, ont dressé un constat sans appel : le Venezuela est plongé dans la plus grave crise humanitaire de son histoire et cette crise, à la fois massive et systémique, a des conséquences lourdes sur l’ensemble du continent américain. Contrairement à ce que nous allons entendre, il n’y a pas de soi-disant « complot étranger » derrière ce chaos. Le régime vénézuélien est le seul et unique responsable de cette situation dramatique, qui s’est encore détériorée récemment avec les pannes à grande échelle du système électrique suivies maintenant de coupure d’eau.

Le peuple vénézuélien n’est pourtant pas au bout de ses peines. La dégradation de tous les indicateurs mesurant la pauvreté, la violence et la mortalité risque d’être seulement le prélude à une crise bien plus profonde encore si rien n’est fait pour alléger les souffrances du peuple vénézuélien et progresser vers une solution politique et pacifique.

Telle est la question qui devrait, chers collègues, nous rassembler : comment briser les tragiques engrenages en cours ?

Au regard de ces objectifs, j’insisterai aujourd’hui sur trois urgences complémentaires :

1/ La première urgence, c’est de garantir et de faciliter l’accès des agences humanitaires et des organisations non-gouvernementales, dans le plein respect des principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. Les limites de la cruauté sont sans cesse repoussées lorsque nous constatons que les affidés du régime sont prêts à détourner l’aide humanitaire. Une instrumentalisation à des fins politiques, d’où qu’elle provienne, est tout aussi condamnable.

La position du régime vénézuélien consistant à nier l’évidence d’une crise humanitaire et à restreindre l’accès des acteurs humanitaires a un coût élevé et croissant en vies humaines. Je citerai notamment l’impact de l’effondrement du système de santé sur les personnes les plus vulnérables, l’augmentation de la malnutrition et la hausse du taux de mortalité.

Depuis le début de cette tragédie, la ligne de la France est claire et constante : nous nous tenons aux côtés du peuple vénézuélien. La France, à titre national et via l’Union européenne, a ainsi préparé une réponse à la hauteur de cette crise. L’Union européenne a encore annoncé le 27 mars dernier 50 millions d’euros de plus en aide humanitaire au Venezuela.

2/ L’urgence, Monsieur le Président, c’est aussi de porter aide et assistance aux plus de 3 millions de Vénézuéliens qui ont dû prendre le chemin de l’exil du fait du chaos et de la violence. Je tiens à saluer les mesures prises par tous les pays de la région dont la solidarité a été exemplaire, en particulier la Colombie qui paie le plus lourd tribut avec près de 1,4 millions de réfugiés et de migrants. Permettez-moi ici de saluer la présence dans cette salle du Ministre colombien des Affaires étrangères. Cet engagement dans la durée mérite toute notre admiration, alors que nous observons un flux continu de départs, plus de 5 000 personnes par jour, comme l’a indiqué le Représentant spécial.

Ne nous y trompons pas : faute d’un changement radical de position des autorités vénézuéliennes et d’une pleine coopération avec les agences humanitaires, cet exode pourrait s’accélérer et peser lourdement sur la stabilité et le développement des pays voisins. Je veux donc réitérer ici la pleine solidarité de la France avec les pays concernés. En parallèle, nous exhortons fortement le régime vénézuélien à saisir l’opportunité créée par le groupe de contact international qui ne ménage aucun effort, avec la participation active de la France, pour rechercher une solution humanitaire et politique à la crise.

3/ Enfin, la troisième urgence, c’est de lancer une transition politique et pacifique au Venezuela sous la forme d’une élection présidentielle libre, crédible et transparente observée par la communauté internationale. À la question des causes de la crise humanitaire, nous allons sans doute entendre, une fois de plus, les autorités vénézuéliennes accuser « l’étranger » d’être responsable de la tragédie du peuple vénézuélien. C’est pourtant bien le régime de Maduro qui est à la fois l’auteur et l’acteur principal de cette tragédie. En voulant s’accrocher au pouvoir, en organisant un simulacre d’élection présidentielle, en réprimant l’opposition et les voix dissidentes, en s’accaparant les richesses du Venezuela, le régime actuel a précipité tout un pays et tout un peuple au bord du gouffre.

De nombreux pays, y compris la France et ses partenaires européens, ont tiré les conclusions qui s’imposaient : le président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido, est devenu président par intérim, non pas dans les fourgons de l’étranger mais dans le respect de la constitution du Venezuela et pour organiser de nouvelles élections présidentielles libres, crédibles et transparentes.

Monsieur le président,

Il est inacceptable que la survie d’un régime se fasse aux dépens de la vie d’un peuple. Nous exhortons donc les autorités vénézuéliennes à laisser l’aide humanitaire accéder aux Vénézuéliennes et aux Vénézuéliens et à s’engager sur la voie d’une solution pacifique, démocratique et durable.

Le Conseil de sécurité devra se rassembler pour jouer le rôle qui lui revient sur ce chemin. L’objectif est bien de promouvoir une sortie négociée et pacifique à la crise, car il faut éviter un recours à la force et à la violence au Venezuela. La France souhaite insister particulièrement sur ce point. Il ne peut y avoir de solution que politique et pacifique, et une telle solution implique l’organisation aussi rapide que possible d’élections présidentielles démocratiques.

Alors que le Venezuela est aujourd’hui au bord du gouffre, notre responsabilité n’est pas de nous substituer au peuple vénézuélien. Elle est au contraire de lui redonner la parole et de lui permettre de s’exprimer librement pour reprendre en main son destin. Et elle est de le faire à travers le rétablissement de la démocratie et de l’Etat de droit au Venezuela.

Tel est, Monsieur le Président, le sens des efforts de la France.

Je vous remercie.

publié le 11/04/2019

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