La protection du patrimoine : un enjeu de civilisation

Protection du patrimoine culturel

Conférence internationale sur le 20e anniversaire du Deuxième Protocole de 1999 à la Convention de la Haye de 1954

Intervention de la France

Genève, 25 avril 2019

La version prononcée fait foi.

Mesdames, messieurs les ministres et autres dignitaires,
Monsieur le président,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,

Permettez-moi tout d’abord de saluer tous les gestes d’amitié venus du monde entier, après l’incendie qui, la semaine dernière, a ravagé la cathédrale notre Dame de Paris.

Permettez-moi aussi de remercier l’UNESCO et l’ONUG à Genève, la Suisse et le CICR pour avoir organisé cet évènement dont je souhaite qu’il se résume pas à une manifestation isolée mais qu’il marque le début d’une plus grande mobilisation à Genève sur ce thème.

En commémorant le 20ème anniversaire du deuxième protocole à la convention de la Haye sur la protection du patrimoine culturel en zone de conflits auquel la France a adhéré, il s’agit avant tout de préserver l’intégrité du « grand livre de l’humanité », celui qu’évoquait Victor Hugo à propos justement de notre Dame de Paris. Victor Hugo voyait le patrimoine, comme l’expression principale de l’homme dans ce grand livre.

L’adhésion à ce deuxième protocole, qui affirme l’attachement de la France à la préservation des biens culturels, s’ajoute aux autres initiatives que la France met en œuvre en faveur du patrimoine en péril et ce notamment au sein du système des Nations unies. Parmi elles on peut citer la résolution du CSNU 2347, portée par la France et l’Italie. Cette résolution est historique, car il s’agit de la première fois que le conseil de sécurité adopte une résolution de portée générale exclusivement consacrée à la protection du patrimoine en péril dans les situations de conflit.

Mesdames, messieurs,

La protection du patrimoine est un enjeu de civilisation, un enjeu éthique, qui nous rassemble dans la diversité de nos appartenances. Croire que la modernité peut se fonder sur l’oubli est une imposture dangereuse. Bien sûr, le patrimoine est vivant et il se transforme à travers les siècles. Mais c’est au temps long qu’il revient de dire ce qui doit rester dans l’histoire et non aux passions destructrices des hommes. Ce n’est pas en effaçant les vestiges de notre histoire que l’on pourra espérer vivre ensemble et c’est à partir de notre mémoire que nous pouvons définir notre vision du futur.

Je tiens à saluer le rôle essentiel de l’UNESCO dans la protection du patrimoine et la promotion de la diversité des cultures ; comme instrument de paix et comme conscience morale de l’humanité pour rappeler que la culture relie les hommes à leur histoire, à leur territoire. Grâce à l’UNESCO, mais aussi aux autres organisations œuvrant pour la protection du patrimoine et la lutte contre le trafic illicite, les Etats se sont engagés en adoptant des textes utiles à la préservation de notre patrimoine commun.

Mesdames, messieurs,

L’action internationale de la France pour le patrimoine se décline selon trois axes :

-  La coopération bilatérale avec les Etats partenaires pour la protection et la valorisation de biens culturels matériels et immatériels ;

-  La lutte contre le trafic illicite de biens culturels, qui porte atteinte au patrimoine et constitue bien souvent une source de financement du terrorisme et du crime organisé ;

-  Enfin, le troisième axe, est la promotion du patrimoine comme outil de développement économique et social et comme vecteur de maintien de la paix. L’attention pour le développement durable est en effet majeure car elle rejoint les enjeux actuels liés au tourisme par exemple.

Mesdames, messieurs,

La préservation du patrimoine de l’humanité est une grande cause et nous devons coordonner tous nos efforts, mutualiser tous nos moyens pour assurer cette préservation de la mémoire. Mais il nous faut aussi associer les partenaires privés pour que les ressources publiques ne soient pas les seules à être sollicitées.
A ce titre, j’appelle votre attention sur la création en 2017 avec les Emirats arabes unis de l’alliance internationale pour la protection dans les zones de conflits-ALIPH, basée à Genève et pour laquelle la France, en tant que premier contributeur, a versé 30 millions de dollars. Je tiens tout particulièrement à remercier les Etats et partenaires qui ont rejoint cette alliance. Je voudrais citer l’Arabie saoudite, le Koweït, le Luxembourg, le Maroc, la Chine et les donateurs privés, ainsi que le gouvernement suisse pour leur soutien à cette œuvre collective. L’ALIPH est désormais en ordre de marche. Elle a lancé des appels à projets et soutient des programmes de réhabilitation, en Irak notamment, aux côtés de l’Unesco.

Mesdames, Messieurs,

Ce qui a fondé l’Unesco, c’est la promotion de la diversité des cultures. Une diversité ancrée dans la reconnaissance de l’égale dignité des cultures, chaque peuple ayant un message singulier à porter au monde. Aux destructions des biens culturels, nous devons opposer l’invincible humanité de la culture qui, comme disait Malraux, « a fait de l’homme autre chose qu’un accident de la nature ». Les attaques contre le patrimoine culturel mondial sont des attaques contre chacun d’entre nous. La culture, voilà pourquoi la France, avec vous tous, se bat aujourd’hui.

Je vous remercie.

publié le 26/04/2019

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