La langue française dans le monde en 2014.

La langue française est notre bien commun. En tant que francophones, nous n’en partageons pas seulement l’usage. Nous partageons aussi la responsabilité de son évolution et de sa diffusion.

Comme le montre cette nouvelle édition de La langue française dans le monde, le français réunit des locuteurs dont le cercle s’élargit mais dont le centre s’enracine progressivement en Afrique. Ainsi, ce sont désormais les Africains qui décideront de l’avenir de la Francophonie.

Les pays d’Afrique sont de plus en plus engagés dans une course de vitesse entre croissance démographique et scolarisation de qualité, développement durable endogène et ouverture croissante aux échanges internationaux, vitalité des expressions culturelles propres et dialogue interculturel. La question qui se pose alors aux populations francophones et à leurs dirigeants, mais aussi à nous, responsables de la Francophonie institutionnelle et acteurs de la promotion de la langue française, est la suivante : le français est-il et sera-t-il un moteur
permettant de disputer et finalement de gagner cette course ?

Cet ouvrage nous livre des faits et des chiffres, mais aussi des analyses et des projections, qui nous permettent de répondre affirmativement à la première question et d’être optimiste pour la deuxième.

Cinquième langue la plus parlée au monde, avec 274 millions de locuteurs, le français
bénéficie de la croissance démographique des pays d’Afrique subsaharienne dont les systèmes éducatifs, bien que rencontrant des difficultés de natures quantitative et qualitative continuent d’accorder une place privilégiée à cette langue. Conformément à nos pronostics, la scolarisation en français a permis à plusieurs pays du sous-continent de connaître des progressions du nombre de francophones allant jusqu’à 30 % depuis 2010. Outre les questions de moyens financiers et humains, qui restent encore prégnantes pour nombre de pays en développement, celles qui sont liées à l’équilibre à trouver entre langues nationales et langue française constituent
l’une des clés de l’avenir de cette langue en Afrique. Les données recueillies ici montrent non seulement qu’elles sont prises en compte dans les politiques nationales qu’accompagne la Francophonie — comme avec le programme ÉLAN-Afrique par exemple — mais aussi que les populations font très largement confiance au français pour répondre à leurs besoins. Besoins de formation, de communication, d’information et même de sociabilité et de culture.

Et en effet, la langue française, 4e langue d’Internet, 3e langue des affaires, 2e langue
d’information internationale dans les médias, 2e langue de travail de la plupart des organisations internationales et 2e langue la plus apprise dans le monde est une chance, constitue un atout pour ceux qui la maîtrisent. Certains, ceux qui « naissent et vivent aussi en français », l’ont acquise dès l’enfance, en famille et à l’école et l’utilisent quotidiennement (environ 212 millions de personnes) alors que d’autres se la sont appropriée au fil d’un apprentissage scolaire ou universitaire, et parfois en autodidactes, faisant d’eux des utilisateurs souvent moins réguliers du français. Y recourant comme langue de communication internationale, dans leurs échanges
professionnels ou pour les affaires, elle leur permet aussi d’exprimer leur créativité littéraire, poétique ou musicale à partir de leur identité culturelle propre dans une langue sans cesse renouvelée qui adopte la forme universelle chère à Léopold Sédar Senghor.

À ce titre, la langue française demeure l’un des plus sûrs ferments de la diversité culturelle et linguistique dont la reconnaissance et la promotion sont les gages d’un dialogue inclusif entre les femmes et les hommes, entre toutes les traditions et les cultures ainsi qu’entre les différentes formes d’organisation des sociétés humaines. En paraphrasant le Dr Schweitzer, qui disait que l’amour est la seule chose qui se double en se partageant, on pourrait dire, qu’en se partageant, la langue française renforce sa dimension humaniste et donne sa chance à une fraternité incarnée.

Pour en savoir plus, lire le rapport complet de l’OIF (2014)

Abdou DIOUF
Secrétaire général de la Francophonie

publié le 20/04/2015

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