La France préside la PDD. Quel est cet outil ?

Depuis le 1er juillet 2019, la France assure la présidence de la Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes (Platform on Disaster Displacement de son nom anglais — PDD). Elle succède à l’Allemagne et au Bangladesh. Son mandat de dix-huit mois se terminera à la fin du mois de décembre 2020, puis les Fidji, assurant actuellement la Vice-présidence, prendront la relève.

La PDD, une initiative dirigée par les Etats

La Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes a été lancée en mai 2016 lors du Sommet mondial sur l’action humanitaire à Istanbul en Turquie. Cette initiative est menée par dix-sept États ainsi que l’Union européenne, qui travaillent ensemble dans le but d’offrir une meilleure protection aux personnes déplacées au-delà des frontières en contexte de catastrophes et de changements climatiques. Grâce à son architecture unique, elle dispose d’un leadership politique, d’une expertise technique reconnue, et agit de concert avec une grande diversité de partenaires institutionnels, académiques et associatifs afin de promouvoir le dialogue politique, en se situant au carrefour de plusieurs agendas :

  1. La Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants et, à la suite de celle-ci, le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (GCM) et le Pacte mondial sur les réfugiés (GCR) ;
  2. Le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes 2015-2030 ;
  3. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), l’Accord de Paris sur les changements climatiques et les autres résultats des organes subsidiaires de la CCNUCC, notamment le Mécanisme international de Varsovie pour les pertes et dommages associés aux effets des changements climatiques (WIM) et son Groupe de travail sur les déplacements (TFD).

La PDD cherche à intégrer la question des déplacements dans chacun de ces agendas tout en développant un nexus entre les différentes problématiques.

De nombreux partenariats ont été établis entre la PDD et des organisations internationales, en particulier avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR) et le Groupe de travail sur les déplacements (TFD) établi par l’Accord de Paris sur le climat.

S’inscrire dans la poursuite de l’Initiative Nansen

La Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes découle de l’Initiative Nansen, lancée en octobre 2012 à Genève par la Suisse et la Norvège. Cette initiative avait pour but de développer un Agenda pour la protection des personnes déplacées au-delà des frontières dans le cadre de catastrophes et de changements climatiques (Agenda pour la protection) qui a été adopté par 109 pays. À la suite de cette initiative, l’Allemagne et le Bangladesh ont lancé en 2016 une plateforme rassemblant quelques Etats pour mettre en œuvre les recommandations de l’Agenda pour la protection. La France s’est engagée sur cette thématique au cours de l’année 2015, alors que la COP21 était organisée cette année-là à Paris, où l’Accord de Paris sur le climat a été approuvé le 12 décembre 2015 par 195 délégations.

La PDD, à travers l’Agenda pour la protection, offre aux États une boîte à outils afin de répondre à quatre priorités stratégiques :

  1. Soutenir la mise en œuvre intégrée des cadres politiques mondiaux sur la mobilité humaine, l’action contre les changements climatiques et la réduction des risques de catastrophes pertinents pour les personnes déplacées en contexte de catastrophes ;
  2. Promouvoir le développement politique et normatif pour combler les lacunes de protection des personnes risquant d’être déplacées ou déjà déplacées au-delà des frontières ;
  3. Faciliter l’échange de connaissances et renforcer les capacités aux niveaux national et régional afin de mettre en œuvre des pratiques et des instruments efficaces permettant de prévenir, réduire et traiter les déplacements de population liés aux catastrophes ;
  4. Renforcer les preuves et les données sur les déplacements de population liés aux catastrophes et leurs impacts.

Encourager l’adoption de mesures et diffuser des messages clés

Les personnes déplacées en contexte de catastrophes ne bénéficient pas d’un cadre juridique assurant leur protection, contrairement aux réfugiés fuyant une situation de conflit par exemple.

Il existe deux types de catastrophes sur lesquels la PDD se penche : les catastrophes soudaines et les catastrophes à évolution lente. Les catastrophes soudaines incluent les risques hydrométéorologiques tels que les inondations, les tempêtes ou les glissements de terrain, ainsi que les risques géophysiques, y compris les tremblements de terre, les tsunamis ou les éruptions volcaniques. Les catastrophes à évolution lente concernent les processus de dégradation de l’environnement tels que les sécheresses et la désertification, une salinisation accrue, la montée du niveau de la mer ou la fonte du pergélisol.

La problématique des personnes déplacées en contexte de catastrophes et de changements climatiques est amenée à gagner en ampleur dans les années à venir, alors que le réchauffement de la planète s’accélère et que le sujet de la résilience des communautés prend de plus en plus d’importance.

L’action de la Plateforme est d’autant plus essentielle qu’il est difficile d’obtenir des informations chiffrées sur les personnes déplacées au-delà des frontières nationales. L’Observatoire des situations de déplacement interne (IDMC) estime qu’en 2019, 1 900 catastrophes ont généré 24,9 millions de nouveaux déplacements de population dans 140 pays et territoires dans le monde. Ce nombre représente environ trois fois le nombre de déplacements liés aux conflits et à la violence.

La PDD et son architecture unique

La Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes est une plateforme rassemblant un groupe d’Etats, dirigé par un Groupe de pilotage actuellement composé de dix-sept États et de l’Union européenne. Ce groupe décide des orientations stratégiques de la PDD et donne des indications sur sa coordination, sa politique et sa promotion. La PDD est soutenue par un Groupe des Amis, co-présidé par le Maroc et l’Union Européenne. Il regroupe des États et des organisations régionales.

La PDD bénéficie de l’expertise technique de l’Envoyé de la présidence, le Professeur Walter Kaelin, ainsi que d’un Comité consultatif, composé de représentants d’organisations internationales et régionales, d’instituts de recherche, d’universités, du secteur privé, d’organisations non gouvernementales et d’autres acteurs de la société civile. Le Secrétariat de la PDD, situé à Genève et hébergé par le Bureau des Nations Unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS), soutient le développement et la mise en œuvre des activités de la Plateforme. Il participe également à entretenir le réseau formé avec les différents acteurs à Genève.

Les principaux bailleurs de fonds apportant leur soutien à la Plateforme sont :

  1. L’Allemagne, qui finance le Secrétariat de la PDD ainsi que des projets ;
  2. L’Union européenne, qui finance un projet dans le Pacifique ;
  3. La Suisse, impliquée dans des projets en Afrique de l’Est, en Amérique latine et dans les Caraïbes, et dans le Pacifique ;
  4. La France, qui finance deux importants projets en Afrique de l’Ouest et au Sahel et la mise à disposition de deux jeunes expertes associées (JEA) pendant trois ans auprès de l’OIM et du HCR afin de soutenir la PDD.

Quelles priorités pour la France, actuelle présidente de la PDD ?

Pendant ce mandat, outre l’appui au Plan de travail, la France met l’accent sur quatre priorités pour renforcer le processus de la PDD :

  1. Appuyer la stratégie de la PDD en renforçant les partenariats avec les organisations internationales dans les différents agendas internationaux sur les enjeux de mobilité humaine (migration et déplacement de population), climatiques et de développement ;
  2. Mobiliser les Etats dans les actions conduites par la PDD, au sein et au-delà de la PDD, grâce notamment au Groupe des Amis de la PDD co-présidé par le Maroc et l’Union européenne et par l’organisation de réunions thématiques autour de responsables d’organisations internationales ;
  3. Engager la PDD sur les dossiers régionaux, particulièrement la région du Sahel, dans la mesure où l’Afrique sera de plus en plus concernée par le phénomène des déplacements liés aux changements climatiques et qu’une meilleure connaissance des flux et du rôle des facteurs environnementaux dans les déplacements est une première étape essentielle pour identifier des solutions dans cette région ;
  4. Mobiliser les acteurs du développement dans une vision à long terme dans le cadre du nexus humanitaire/développement, et rechercher des financements dans le cadre d’instruments existants, en vue d’améliorer la connaissance sur le sujet, de renforcer la prévention, l’atténuation et l’adaptation, et d’agir pour la résilience des communautés, en ligne avec le nexus humanitaire/développement.

Dernière mise à jour le : 17 juillet 2020