La France a l’ambition d’agir en leader de la transition juste

Forum mondial sur la transition juste

Intervention de Mme Laurence Monnoyer-Smith, Commissaire générale au développement durable

« Agir pour une transition juste, écologique et solidaire »

Genève, le mardi 5 décembre 2017

La version prononcée fait foi.

Mesdames et Messieurs les représentants de l’Organisation internationale du travail et de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique,

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Chers représentants des organisations de travailleurs et d’employeurs, chères participantes,

Chers participants,

Je vous remercie pour cette invitation adressée à la France à ce Forum mondial sur la transition juste.

En tant que ministère de la « Transition écologique et solidaire », comme nous avons été rebaptisés cette année avec l’arrivée de Nicolas Hulot en tant que ministre d’État, nous croyons et défendons plus que jamais l’interdépendance entre protection de l’environnement et justice sociale.

Nous savons que l’action pour l’environnement et le climat nécessite une attention constante et rigoureuse sur les aspects de justice sociale, de travail décent et de participation citoyenne, sans quoi cette action ne sera ni cohérente ni efficace.

  • En effet, la transition écologique ne se résume pas à des aspects technologiques, techniques et financiers. Il s’agit aussi d’inventer de nouvelles façons de produire, de consommer, d’interagir et de travailler.
  • Ces changements entraîneront des bouleversements dans le monde du travail. Ils sont vecteurs de risques autant que d’opportunités économiques et sociales. Manquer de les anticiper, c’est accentuer le risque de pertes d’emploi, retarder la transition du marché du travail et freiner la transformation technologique et économique.
  • Dans le même temps, il existe un grand potentiel de création de nouveaux emplois, souvent qualifiés, dans la transition vers les énergies renouvelables, les bâtiments écologiques, les services environnementaux, les transports propres, l’agriculture biologique, etc.
  • Pour limiter ces risques et tirer profit de ces opportunités, le capital humain doit être considéré comme une partie intrinsèque et la clé de voûte de toute stratégie de développement durable.
  • Ceci passe par une protection sociale adaptée et par un accompagnement des transitions professionnelles, en particulier pour les individus les plus vulnérables socialement et professionnellement.
  • Ceci passe également par l’investissement dans un système de formation de qualité afin, d’abord, de promouvoir des pratiques professionnelles respectueuses de l’environnement et la création d’entreprises novatrices. De manière toute aussi importante, l’éducation et la formation contribuent à ouvrir à tous l’accès à des compétences adaptées au marché du travail et à des emplois plus décents et porteurs de sens.
  • Pour relever ces défis, la mobilisation concertée de toutes les parties prenantes est nécessaire : gouvernements, entreprises, partenaires sociaux, acteurs de la formation.

Nous nous réjouissons de la place donnée aux dimensions sociales et à la question du capital humain dans les engagements internationaux pour le climat et le développement durable.

  • La France a notamment insisté pour que l’Accord de Paris sur le climat de 2015 mentionne dès son préambule les « impératifs d’une transition juste pour la population active et de la création d’emplois décents et de qualité ».
  • Le lien entre justice sociale, éducation, formation et protection de l’environnement est également une caractéristique importante de l’Agenda 2030 des Nations Unies et des objectifs de développement durable.

Les priorités qui traitent le sujet de l’accès à un travail décent figurent dans l’ODD 1 relatif à la lutte contre la pauvreté qui soutient la mise en place d’une protection sociale minimale ;

L’ODD 3 sur la santé pose la réduction, d’ici à 2030, du nombre de décès et de maladies dus à l’utilisation des substances chimiques dangereuses dans les modes de production ;

Je pense aussi bien sûr à l’ODD 4, relatif à l’éducation de qualité, qui vise d’ici 2030 à « faire en sorte que tous les élèves acquièrent les connaissances et compétences nécessaires pour promouvoir le développement durable » ;

Mais aussi l’ODD 8, qui promeut une croissance économique partagée et durable, l’emploi et le travail décent pour tous ;

L’ODD 11 lié à la ville durable, qui soutient l’engagement de villes et d’établissements humains adoptant et mettant en œuvre des politiques et plans d’action intégrés en faveur de l’insertion de tous, de l’utilisation rationnelle des ressources et de l’adaptation aux effets des changements climatiques ;

L’ODD 12, sur la consommation et la production durables, qui consiste à « faire en sorte que toutes les personnes, partout dans le monde, aient les informations et connaissances nécessaires au développement durable et à un style de vie en harmonie avec la nature » ;

En fait, tous les ODD sous-tendent l’acquisition par les individus, en tant que citoyens ou professionnels, de connaissances, de compétences, de comportements, de valeurs et de droits qui leur permettent de jouir et de contribuer à une transition juste.

Dans ce contexte stimulant et face à ces défis historiques posés à la planète et à l’humanité, la France a l’ambition d’agir en leader de la transition juste. Le ministère de la Transition écologique et solidaire agit de manière volontariste en ce sens, d’abord au niveau national.

  • Depuis 2009, le ministère pilote le plan national de mobilisation pour les emplois et les métiers dans l’économie verte qui a vocation à mobiliser l’ensemble des acteurs nationaux et territoriaux, faisant de la question des emplois verts et décents un domaine d’action interministériel.
  • Un premier outil de cette mobilisation est l’Observatoire national des emplois dans l’économie verte, qui rassemble plusieurs acteurs de l’emploi et de la formation et vise à étudier l’impact de la transition énergétique et écologique sur l’emploi.

Les derniers chiffres publiés par l’Observatoire montrent que l’économie verte concerne directement plus de 4 millions de professionnels dans différents secteurs en France.
En termes d’activités, les éco-activités (qui contribuent directement à la préservation de l’environnement, comme celles liées aux énergies renouvelables) représentent déjà près d’un demi million d’emplois à temps plein en France.

L’économie verte en France comprend également plus d’un demi-million d’emplois contribuant indirectement à la protection de l’environnement, qui augmentent de l’ordre de 1% par an contre 0,3% pour l’emploi dans le reste de l’économie.

  • La loi de transition énergétique pour la croissance verte adoptée en 2015 pose les bases d’un nouveau modèle énergétique tout en incluant des objectifs en matière d’emplois et de compétences. Elle appelle l’ensemble des acteurs concernés à travailler de concert pour anticiper les nouveaux besoins en compétences et adapter les formations professionnelles.
  • Un autre exemple d’action est la création et la diffusion, en partenariat avec le ministère du Travail, d’un guide méthodologique destiné aux collectivités territoriales souhaitant accompagner les transitions professionnelles vers les activités vertes. La méthodologie est actuellement testée à travers des projets de requalification professionnelle dans quatre territoires avec l’appui financier et technique du ministère de la Transition écologique et solidaire.
  • Le ministère contribue à l’adaptation des politiques de l’éducation et de la formation professionnelle et du contenu des formations pour assurer une meilleure qualité et reconnaissances des formations professionnelle et une plus grande prise en compte des enjeux de la transition écologique. Pour ce faire, le ministère participe à la Commission nationale de la certification professionnelle, et peut contribuer à créer, en partenariat avec les partenaires sociaux, des certifications professionnelles spécifiques comme celle en cours d’élaboration de Référent efficacité énergétique dans l’industrie.
  • La mobilisation des acteurs des territoires, situés au plus près des réalités économiques et sociales, constitue un enjeu fondamental, en particulier depuis que les Régions sont dotées de compétences en développement économique, d’emploi et de formation professionnelle.

Des contrats de transition écologique engageront bientôt certains territoires sur un projet de conversion de modèle économique, social et environnemental. Ils ne pourront s’envisager qu’en mobilisant l’ensemble des acteurs territoriaux et porteront une attention particulière à l’accompagnement des actifs dont les emplois ou les métiers devront évoluer.

Dans tous les pays, il est urgent d’accélérer les processus menant à aborder de front les questions sociales, économiques et environnementales. Pour ce faire, le dialogue, l’échange d’expérience et la coopération internationale sont indispensables pour soutenir et inspirer les bonnes pratiques.

  • Certains pays sont plus vulnérables que d’autres face aux défis du changement climatique et de la dégradation environnementale. Ces pays sont souvent ceux qui doivent aussi faire face à d’énormes défis économiques, sociaux et parfois politiques. Dans ces pays, investir dans la transition juste est plus qu’ailleurs indispensable pour offrir à une population croissante les moyens d’accéder à une vie plus confortable, un environnement plus sain, un travail décent et une société pacifiée et solidaire.
  • La coopération internationale, Nord-Sud comme Sud-Sud et même Nord-Nord, doit contribuer à créer une vaste dynamique en ce sens.
  • Dans ce cadre, l’action de l’Organisation internationale du travail est remarquable et indispensable car elle offre un soutien aux États dans la concrétisation de la notion de transition juste dans une perspective de dialogue et de coopération entre parties prenantes, à commencer par les partenaires sociaux.
  • Les « lignes directrices pour une transition juste » de l’OIT offrent un cadre d’action particulièrement utile pour garantir que la transition écologique soit une opportunité pour l’emploi et la justice sociale, et méritent d’être largement mises en œuvre.
  • En partenariat avec l’OIT et d’autres institutions comme l’Unesco et l’Agence française de développement, le ministère français de la Transition écologique et solidaire a publié à l’occasion de la COP23 un document d’orientation complémentaire visant à fournir un cadre stratégique pour aborder la question des compétences vertes. Ce travail est réalisé dans le cadre de la Platform for Advancing Green Human Capital qui vise à promouvoir les liens entre politiques de l’emploi et politiques environnementales.
  • Je me réjouis également des initiatives telles que le réseau des institutions engagées dans la création d’emplois verts (GAIN) et de son projet de manuel de formation sur l’évaluation des impacts de la transition écologique sur le marché du travail, qui sera complété demain à l’occasion de la troisième conférence du réseau.
  • Nous ne manquerons pas de suivre de près toutes ces initiatives utiles et prometteuses portées notamment par l’OIT, avec laquelle la France jouit d’une collaboration riche et ancienne.
  • La France soutient en particulier l’idée d’une « coalition internationale » sur le transition juste et le travail décent, dans laquelle nous souhaitons agir en première ligne. Ainsi, nous vous proposerons dès l’an prochain, un rendez-vous de lancement de cette initiative.

Je vous remercie pour votre attention./.

publié le 07/12/2017

haut de la page