L’accueil des réfugiés : obligation internationale et devoir moral

L'accueil des réfugiés : obligation internationale et devoir moral

Briefing du Haut-Commissaire aux réfugiés

Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Conseil de sécurité - 9 avril 2019

Merci beaucoup Monsieur le Président, mon cher Christoph,

Je voudrais commencer par remercier le Haut-Commissaire aux réfugiés pour son intervention aussi importante qu’éclairante. Au-delà, permettez-moi de rendre un hommage appuyé à son action et aux équipes du HCR pour leur travail remarquable afin de protéger les réfugiés et de défendre leurs droits. Le HCR peut compter, tu le sais Filippo, sur l’appui résolu de la France dans le cadre de notre partenariat exemplaire, comme il peut compter sur l’engagement de la France en faveur du respect inconditionnel du droit d’asile en Europe et partout dans le monde.

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Comme le Haut-Commissaire l’a rappelé, 2019 est l’année d’un sombre record : 70 millions de personnes ont été contraintes à l’exil et sont réfugiées. Sans entrer ici dans une énumération des pays concernés, je souhaiterais, en écho à tes propos cher Filippo, insister sur trois priorités qui me paraissent devoir guider notre action : le partage des responsabilités d’abord, la réponse aux causes profondes des déplacements, ensuite, et troisièmement le respect de principes fondamentaux pour le retour des réfugiés.

D’abord, le partage des responsabilités et l’exigence de solidarité :

L’accueil des réfugiés est autant une obligation internationale qu’un devoir moral. Il est de la responsabilité des Etats de protéger sur leur territoire les ressortissants étrangers qui ont fui leur pays à la suite de persécutions. Nous devons également assurer des voies sûres et légales pour ces personnes, qui s’exilent trop souvent, on le sait tous, au péril de leur vie. C’est dans cet esprit que la France a organisé des missions de protection, en lien avec le HCR, au Niger et au Tchad : environ 1 150 réfugiés, particulièrement vulnérables, ont ainsi pu être réinstallés en France dans ce cadre.

Nous devons également tout faire pour soutenir les pays qui sont en première ligne face aux déplacements de grande ampleur. Ce n’est qu’à travers une approche concertée que nous parviendrons à améliorer la prise en charge des réfugiés et que nous aboutirons à une meilleure gestion des flux migratoires. Nous devons également accroître nos efforts pour lutter contre les trafiquants et les passeurs. C’est aussi une priorité.

C’est dans cet esprit que le Pacte mondial sur les réfugiés a été élaboré et que nous l’avons adopté. Nous devons redoubler d’efforts pour entrer désormais dans la phase de mise en œuvre de ce Pacte. Le Forum mondial sur les réfugiés organisé en décembre prochain par le HCR sera une étape majeure pour apporter une réponse collective et efficace aux défis liés à la protection et à la prise en charge des réfugiés. La France sera au rendez-vous aux côtés du HCR, qui est de loin la première institution internationale bénéficiaire de l’aide humanitaire française, et nous appelons l’ensemble des Etats et acteurs pertinents à y participer et à s’engager en vue de la mise en œuvre de ce Pacte.

Le deuxième point concerne la réponse aux causes profondes des déplacements de populations :

Chacun le sait, l’insécurité et les violations massives des droits de l’Homme qui caractérisent malheureusement les conflits sont parmi les premières causes de déplacements. Il importe de prévenir ces violations et de les réprimer.

Il revient également au Conseil de sécurité de créer les conditions d’un règlement durable des crises.

En Syrie, où plus de 6 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays et 5,7 millions sont réfugiées, seul un processus politique crédible sera à même de garantir la stabilité et d’éviter de nouveaux flux de réfugiés.

En Libye, l’escalade de la violence a déjà poussé 2 800 personnes ces derniers jours à quitter les zones de conflit et aggrave la situation déjà très précaire des migrants et des réfugiés. Nous appelons tous les responsables libyens à rester engagés dans le processus mené par le Représentant spécial du Secrétaire général, car seule une solution politique là-aussi permettra de stabiliser durablement le pays et de relever les défis liés aux migrations. J’aurais à cet égard une question pour le Haut-Commissaire concernant la coopération entre le HCR et les autorités libyennes pour assurer la protection des migrants et des réfugiés.

S’agissant des réfugiés palestiniens, qui sont plus de 5 millions dans la région, nous appelons à une solution réaliste, équitable, juste et durable dans le cadre d’un futur accord israélo-palestinien, sur la base des paramètres internationalement agréés. D’ici là, l’UNRWA doit continuer à bénéficier de tout notre soutien, dans le contexte de la suspension de la contribution américaine. La France pour ce qui la concerne a doublé cette année sa contribution à l’office.

Enfin, au Venezuela, dont nous reparlerons demain, environ 5 000 personnes quittent le pays chaque jour et il y a désormais plus de 3,4 millions de migrants et réfugiés vénézuéliens. Les origines de cette crise sont politiques et institutionnelles et seules de nouvelles élections présidentielles libres, transparentes et crédibles permettront d’y mettre fin.

Mon troisième point concerne le respect de principes fondamentaux pour le retour des réfugiés :

Il est de notre responsabilité à tous de veiller au caractère volontaire des retours de réfugiés dans leur pays d’origine. Les Etats doivent assurer des conditions de retour sûres et dignes, sur la base d’un accès à l’information concernant le lieu envisagé pour leur retour.

Chacun sait aujourd’hui qu’en Syrie ou en Birmanie, pour ne prendre que ces deux exemples, de telles conditions ne sont absolument pas remplies. En Syrie, la France est extrêmement préoccupée par les informations faisant état d’arrestations arbitraires de réfugiés de retour chez eux par les services de sécurité syriens. En Birmanie, il n’y aura pas de retour possible pour les réfugiés Rohingyas sans une pleine liberté de circulation et un accès entier aux services de base.

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Monsieur le Président,

L’attitude à l’égard des réfugiés est l’un des marqueurs d’une époque et de la boussole qui guide nos contemporains. Alors, en écho à ce que tu as dit Filippo, je voudrais réitérer ici la conviction de la France que seule une approche globale et collective, responsable et solidaire, permettra de répondre efficacement et durablement au défi posé par l’augmentation du nombre de réfugiés. La France est déterminée à continuer de ne ménager aucun effort en ce sens.

Je vous remercie.

Dernière mise à jour le : 25 juillet 2019
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