Incendie de la cathédrale Notre-Dame, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO (15 avril 2019)

Un incendie s’est déclaré dans les combles de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019.

Située au cœur de Paris sur l’île de la Cité, la cathédrale Notre-Dame est l’un des monuments emblématiques de la capitale française. Monument le plus visité d’Europe, la cathédrale est inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1991.

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L’Ambassadeur François Rivasseau et toute l’équipe de la Mission permanente de la France remercient les représentants d’institutions et des Etats membres de l’ONU pour leur message de soutien.

Texte de Jean Freymont, Président de Dialogues Genève

L’impensé et l’impensable devenu réalité, soudain et avec une brutalité extrême. C’est bien plus qu’un édifice emblématique qui a été la proie des flammes. Le feu sans lequel l’homme, celui là même qui bâtit des cathédrales, ne serait pas, lui a tendu un miroir où contempler sa fragilité et le rappeler à l’humilité, et combien il n’est pas grand chose quand l’histoire en décide autrement.

L’extraordinaire de l’être humain est d’avoir probablement toujours eu conscience de cette part d’incompréhensible du monde qui était le sien, d’avoir alors placé cet incompréhensible sous le chapeau du sacré, et d’avoir immédiatement abrité ce sacré en des lieux qui le devenaient, et qui n’étaient jamais trop beaux. Les grandes grottes qu’il décorât, puis probablement le tout premier temple, Göbekli Tepe, sont les ancêtres de Notre Dame. D’emblée l’homme a placé le divin, les dieux, puis Dieu, au cœur de sa vie, pour la structurer et lui donner ce supplément de sens qu’aucune réponse rationnelle ne pouvait lui apporter, pour l’ancrer à perpétuité dans des valeurs sans le respect desquelles il ne peut y avoir de vie en communauté.
Notre Dame est symbole de la centralité du sacré et de la très très longue durée face au pouvoir séculier pour le contrôle duquel les hommes s’entretuent. Notre Dame qui brûle, en soi une tragédie, c’est bien plus que cette tragédie. C’est une incitation à réfléchir au sens de ce que les bâtisseurs d’il y a mille ans ont entrepris de construire.

Voici venir le temps où rebâtir des cathédrales doit se faire en nous rappelant pourquoi elles sont sorties de terre, en nous souvenant aussi que Notre Dame fût consacrée, en 1345, deux ans avant le début de la grande peste qui causa en Europe la mort de 25 millions de femmes et d’hommes, soit entre 30 et 50 % de la population. L’Europe alors bascula et le doute s’installa, ce doute qui fut essentiel dans l’émancipation de l’homme, lui permit de s’extraire du carcan de la religion, créa les conditions du développement de la science moderne et donna aux artistes un souffle de liberté. Hasard et paradoxe de l’histoire, Notre Dame fût achevée au moment symbolique où l’Europe commençait à renouer avec les racines qui la renvoyaient à la Grèce et à Rome.

L’histoire est mouvement. L’homme d’aujourd’hui n’en est qu’un des relais, un rôle qu’il doit assumer avec courage, et aussi intelligence, pénétré d’un grand sens de sa responsabilité.

publié le 17/04/2019

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