ECOSOC - Segment humanitaire

ECOSOC 2013 - Conseil économique et social des Nations unies

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Segment humanitaire

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Intervention du Représentant Permanent de la France


(Genève, 15 juillet 2013)

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Monsieur le Président, chers collègues,

C’est un plaisir pour moi de m’adresser à vous aujourd’hui au nom de la France. Je tiens à remercier particulièrement la Secrétaire Générale adjointe chargée des affaires humanitaires, Mme Valérie Amos, à qui la France réaffirme tout son soutien pour son action.

Je tiens aussi à saluer le travail courageux de tout le personnel humanitaire sur le terrain, à travers le monde.

Monsieur le Président,

Le système humanitaire a, cette année, été confronté à une aggravation particulièrement forte des crises, qui l’ont mis à rude épreuve, depuis l’aggravation dramatique de la situation en Syrie aux difficultés au Nord-Mali, sans oublier des crises qui durent : la République centrafricaine, la République démocratique du Congo ou le Soudan.

Les tendances observées les années précédentes s’amplifient : les acteurs humanitaires sont de plus en plus sollicités pour agir simultanément sur de nombreuses crises, elles-mêmes de plus en plus longues, et de plus en plus complexes. Le principal défi est celui de l’accès des acteurs humanitaires aux populations vulnérables. Quelle que soit la nature de la crise, il s’agit aujourd’hui du principal obstacle à l’efficacité de l’assistance humanitaire et de la protection des populations. C’est sur cette question centrale de l’accès que nos efforts communs doivent porter.

A cet égard, je ne peux que penser à ce qui se passe, au moment même où nous parlons ici à Genève, dans la ville syrienne de Homs qui subit un siège épouvantable comme l’ont encore souligné Madame Amos et Madame Pillay dans leur déclaration commune, ce matin : il n’est pas acceptable qu’en 2013, des populations civiles et des blessés ne puissent pas être assistés lorsque leur vie est en danger ; c’est une règle fondamentale du droit international humanitaire à laquelle nous ne pouvons pas, nous membres des Nations unies, déroger. C’est le sens de l’appel, qui doit être entendu, de Mesdames Pillay et Amos.

Alors, face à ces évolutions, que faire ?

1.D’abord, renforcer l’efficacité de l’action humanitaire, face à des besoins croissants. Trois priorités sont identifiables.

En premier lieu, ce renforcement doit s’effectuer au travers d’une coordination plus étroite entre les acteurs humanitaires. En effet, dans les crises de grande ampleur que nous connaissons aujourd’hui, les agences ne peuvent plus agir de manière isolée. Il leur faut coopérer étroitement à tous les stades : collecte de données, évaluation des besoins, planification et réponse. De même, l’action des ONG doit être davantage reconnue par les agences de l’ONU.

Nous avons pu mesurer en Syrie combien cette tâche était difficile. Nous souhaitons rappeler à cet égard le rôle central du BCAH, et encourageons les autres agences onusiennes et les ONG à coopérer en ce sens. Nous sommes en faveur d’un système qui prenne en compte toutes les spécificités et compétences, pour être plus efficace : agences des Nations unies, mouvement international de Croix-Rouge et du Croissant-rouge, ONG internationales mais aussi régionales, nationales, et locales. C’est en mutualisant les efforts, en se coordonnant, en s’informant mutuellement que la communauté internationale pourra répondre à des crises aussi complexes.

L’initiative du « Transformative Agenda » a été fortement soutenue par les donateurs. Nous sommes heureux de voir que certains mécanismes ont été mis en place dans ce cadre, tel que le nouveau roster de haut niveau. Il s’agit à présent d’aller plus loin et d’avoir davantage de résultats concrets sur le terrain.

Deuxièmement, le renforcement du système humanitaire passe également par une coopération plus étroite entre les acteurs humanitaires et de développement pour évaluer les risques de crises, pour y répondre, et pour œuvrer au développement, lorsque la crise est terminée. Au Mali, par exemple, la France souhaite s’assurer que la reconstruction du pays et son développement durable soient réellement engagées, afin d’éviter toute nouvelle crise. La conférence sur la reconstruction du Mali organisée avec l’Union Européenne à Bruxelles en mai dernier a ainsi permis de réunir l’ensemble des acteurs, à la fois de développement et humanitaires.

Enfin, ce renforcement doit passer par une plus grande transparence et redevabilité du système : dans un contexte à la fois de restrictions budgétaires et de multiplication des crises, le système humanitaire se doit d’être à la fois efficace, mais également le plus transparent possible sur les résultats atteints et les lacunes. Cette politique de transparence est essentielle pour avoir la confiance des donateurs.

2.Le système humanitaire doit aussi d’adapter pour répondre aux évolutions actuelles

Les acteurs humanitaires ont déjà beaucoup amélioré leurs méthodes de travails, et se sont professionnalisés. Aujourd’hui, une nouvelle étape doit encore être franchie. Il va falloir faire preuve d’imagination, de souplesse et de pragmatisme : travailler avec des acteurs nouveaux avec qui ils n’avaient pas l’habitude de travailler, envisager des méthodes d’action différentes selon les situations, je pense en particulier au cross-border, mais aussi être en mesure d’être présents là où les besoins sont importants. Sans mettre en danger leurs équipes, les Nations unies devraient être plus présentes dans certains pays comme la République centrafricaine. Il est par conséquent indispensable que le Département de la sûreté et de la sécurité de l’ONU affine ses règles de déploiement pour les acteurs humanitaires onusiens, l’objectif étant d’apporter une assistance humanitaire efficace aux populations les plus vulnérables.

Cette adaptation concerne également les donateurs : au vu de la multiplication des crises et de l’augmentation constante des besoins, il devient indispensable que de nouveaux donateurs participent au financement des actions humanitaires, car les possibilités financières des donateurs habituels sont épuisées. Nous nous félicitons de l’entrée de certains, comme le Koweït, dans le cercle des donateurs du BCAH, et nous espérons que d’autres vont également répondre à cet appel.

Nous espérons que le sommet humanitaire de 2015 permettra une réflexion approfondie sur ces différents thèmes, afin que nous construisions tous ensemble la réponse humanitaire de demain. Une réponse encore plus efficace, tout en restant basée sur les principes humanitaires qui la légitiment et font toute sa spécificité.

Je vous remercie.

publié le 04/02/2016

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