Diplomatie et santé - Présentation de la résolution annuelle

Diplomatie et santé - Présentation de la résolution annuelle

La France, qui assure la présidence du groupe “Diplomatie et santé” en 2019, a présenté une résolution intitulée “une approche inclusive pour renforcer les systèmes de santé” à l’Organisation mondiale de la santé.

Retrouvez ci-dessous l’intervention de l’Ambassadeur François Rivasseau.

Projet de résolution du groupe “Diplomatie et santé”

Événement de présentation de la résolution aux États membres de l’ONU

Intervention de l’Ambassadeur François Rivasseau

Genève, 5 novembre 2019

La version prononcée fait foi.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Chers collègues,

Je vous remercie de votre présence. J’ai le plaisir de vous réunir aujourd’hui pour vous présenter le projet de résolution annuelle de l’initiative Santé et Diplomatie qui sera proposé dès le 8 novembre à l’Assemblée générale des Nations Unies.

Laissez-moi tout d’abord revenir sur l’initiative elle-même, à laquelle la France attache une grande importance depuis son lancement en 2006.

- L’objectif de cette initiative est de promouvoir les questions de santé mondiale dans l’agenda international, et l’Assemblée générale des Nations Unies est au sommet de cet agenda international.

- Notre groupe est un groupe transrégional auquel le reste de nos collègues ont fait confiance pour proposer un projet de résolution chaque année à l’AGNU. Avec 7 pays, le groupe Politique étrangère et santé mondiale (FPGH) ne peut bien sûr pas être comparé à un forum aussi vaste que l’Assemblée générale, mais je crois que nous pouvons le considérer comme un échantillon représentatif de la diversité et de la complexité de l’Assemblée générale. Nous venons de différents continents (2 pays africains, 2 pays asiatiques, 1 pays américain et 2 pays européens), parlons des langues différentes et faisons face à des défis différents. Et pourtant chaque année nous parvenons à trouver et promouvoir des priorités communes. Cette négociation à 7 en amont d’une présentation à New York est à la fois un gage d’équilibre, équilibre des priorités et des sensibilités si j’ose dire, en même temps qu’un gain de temps considérable pour tous les autres.

Cette année, sous présidence française, le groupe a choisi de proposer une résolution intitulée « une approche inclusive pour renforcer les systèmes de santé ». Après une première proposition de texte français, le groupe s’est réuni à huit reprises ici à Genève pour déboucher sur le projet de résolution que vous nous avons envoyé hier soir et qui nous réunit ce matin.

Cette approche inclusive est double, celle en matière de gouvernance et celle en matière d’accès au soin : en amont, elle suppose l’association des populations à la définition des politiques de santé ; en aval, elle implique de fournir les services de santé, les médicaments ou les vaccins à l’ensemble des populations, y compris les plus difficiles d’accès ou les plus vulnérables.

- Aujourd’hui, les gouvernements ne peuvent plus prendre de décisions sur des questions aussi cruciales sans que les populations s’interrogent, réagissent et demandent des comptes. Et nos populations ont raison.

Il y a 40 ans, à Alma Ata, nous, en tant que membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), déclarions que « tout être humain a le droit et le devoir de participer individuellement et collectivement à la planification et à la mise en œuvre des soins de santé qui lui sont destinés ».

L’année dernière, lors de la Conférence mondiale sur les soins de santé primaires à Astana, nous avons déclaré notre soutien à « l’engagement des individus, des familles, des communautés et de la société civile, moyennant leur participation à l’élaboration et à la mise en œuvre de politiques et de plans qui ont un impact sur la santé ».

Cette idée de gouvernance participative suppose quelques préconditions. C’est une des idées forces de ce projet de résolution, qui réaffirme d’une part le droit à la santé mais aussi la nécessité pour les individus de pouvoir exercer leurs droits fondamentaux, en particulier les libertés de réunion, d’association et d’expression. Elles supposent aussi le droit à l’information. Il revient en effet à nos gouvernements de renforcer la capacité de nos citoyens à comprendre et à se servir de l’information en santé, pour leur permettre de faire les meilleurs choix pour leur propre santé mais aussi pour leur permettre de participer pleinement aux débats sur les choix de politique publique visant à assurer la pérennité et à renforcer la résilience du système de soin dont ils bénéficient.

- Au-delà de l’engagement pris, notre conviction est en effet que la participation des populations à la définition, à la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques de santé participe du renforcement des systèmes de soin et de leur résilience.

Nous pensons que l’implication de la société civile améliore la qualité et l’efficacité des systèmes de santé grâce, d’une part, au retour d’information des populations sur les services fournis et, d’autre part, parce qu’elle traduit les besoins et aspirations non couverts des populations les plus difficiles d’accès ou vulnérables.

Deuxièmement, l’implication de la société civile dans le suivi et l’évaluation des politiques de santé et l’exécution du budget améliore la responsabilité de nos politiques de santé. Leur mobilisation contre la discrimination et la stigmatisation aide également les gouvernements à lutter contre les inégalités et donc à améliorer l’accès à la santé et au bien-être, quels que soient leur richesse, leur sexe ou leurs statuts.

- Des modèles participatifs de gouvernance de la santé existent et ont permis des progrès significatifs. La participation de la société civile à la gouvernance du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme en est un bon exemple. La participation de la société civile au suivi des subventions du Fonds mondial a fait en sorte que les besoins des personnes les moins écoutées et les plus marginalisées soient transmis, entendus et pris en compte.

Ce sont de véritables " laboratoires " de l’approche participative et inclusive : un modèle innovant et pionnier de plateformes décisionnelles multipartites pour la gestion des subventions internationales en santé dans le domaine de la santé et dans des contextes nationaux parfois difficiles.

Cette façon innovante et inclusive de penser et de fournir les services de santé est l’une des raisons pour lesquelles la France soutient les activités du Fonds mondial et a accueilli sa sixième Conférence de reconstitution des ressources le 10 octobre à Lyon.

- L’approche inclusive doit aussi être renforcée dans l’accès aux soins. Le Président de la République française l’a lui-même rappelé dans son discours à l’AGNU le 24 septembre dernier : l’une des priorités de l’action de la communauté internationale doit être, avec la question existentielle du climat et celle de la résolution des conflits, celle de la réduction des inégalités.

Les inégalités ont ré-augmenté dans notre monde : entre les pays et au sein même de nos pays. Notre capitalisme contemporain s’est mis à dysfonctionner en produisant un niveau d’inégalité inédit. Nous n’arrivons plus à régler la grande pauvreté et les nouvelles formes d’inégalités : inégalités d’opportunités, inégalités de genre, inégalités d’accès à l’éducation dans les régions les plus pauvres, inégalités devant la santé pour accéder aux traitements requis, inégalités climatiques.

Tous ces sujets sont d’ailleurs reliés. L’accès aux soins pour tous est un facteur de cohésion sociale et de stabilité. Il permet de réduire les inégalités, notamment les inégalités de genre ; il permet à chacun d’être en assez bonne santé pour aller à l’école puis de trouver un emploi ; il permet à chacun d’être en assez bonne santé pour participer activement à la vie publique ; il permet de renforcer la résilience de la population face aux changements climatiques. La continuité de l’accès aux soins est par ailleurs un enjeu crucial pour les populations dans les situations de crise, qu’il s’agisse d’une catastrophe environnementale, d’une crise sanitaire ou d’un conflit, ou tout cela à la fois.

Des systèmes de soin organisés, efficaces et résilients permettent en outre de prévenir ou de limiter l’envergure des crises.

Je voudrais une nouvelle fois vous remercier d’être venus aujourd’hui et passer la parole à la future présidence, l’Indonésie.

Dernière mise à jour le : 6 novembre 2019
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