Comité exécutif du HCR - Intervention de la France

Comité exécutif du Haut-Commissariat pour les réfugiés


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Intervention de l’Ambassadeur Nicolas Niemtchinow, Représentant permanent de la France auprès de l’Office des Nations unies à Genève


(Genève, 2 octobre 2013)

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Madame la Présidente,
Monsieur le Haut-Commissaire,
Mesdames et Messieurs,

La France s’associe pleinement à la déclaration prononcée au nom de l’Union européenne.

Alors que nous évoquions l’année dernière l’ampleur de la crise syrienne et la tragédie vécue par des centaines de milliers de Syriens, nous devons malheureusement faire le constat cette année de l’enfoncement de la Syrie dans une catastrophe humanitaire durable et de très grande ampleur.

Plus de 7 millions de Syriens ont été contraints de quitter leur foyer et deux millions d’entre eux ont fui leur pays en raison des combats et de la répression sanglante conduite par le régime et qui paraît sans limites.

Je voudrais saluer, une nouvelle fois, la solidarité et la générosité des pays d’accueil, voisins de la Syrie qui offrent un refuge à des populations extrêmement vulnérables dans des conditions difficiles.
Outre la Syrie, qui a bien sûr occupé toute notre attention lors de ces débats, cette année encore, les crises humanitaires se sont malheureusement multipliées et amplifiées.

Monsieur le Haut-Commissaire, je veux saluer ici le travail remarquable que vous menez et celui de vos équipes. Le HCR fait preuve d’un professionnalisme et d’un dévouement admirables sur le terrain, malgré la dégradation de l’environnement sécuritaire et la complexité de nombreuses situations. Votre engagement pour la protection et l’assistance des personnes déplacées et réfugiées est plus précieux que jamais. Vous pouvez compter, comme vous le savez, sur le plein soutien de la France dans l’accomplissement de votre mandat.

Parmi les crises qui nous préoccupent, certaines sont moins visibles et mériteraient une attention et une mobilisation accrues de la communauté internationale. Je pense tout particulièrement à la République centrafricaine, où les violences ont provoqué le déplacement forcé de presque 300 000 personnes en moins d’un an ; mais aussi à la République démocratique du Congo, au Soudan et au Soudan du Sud. Nous savons, Monsieur le Haut-Commissaire, l’importance du travail que vous menez afin de mobiliser la communauté internationale sur ces crises.

S’agissant de la situation au Mali, nous devons rester vigilants mais nous espérons que le rétablissement progressif d’un environnement favorable dans le pays permettra le retour des 500 000 personnes déracinées par le conflit.

La complexité de la plupart des situations de crise appelle une réponse adaptée. Nous le savons, Monsieur le Haut-Commissaire, vous avez engagé une stratégie et des politiques visant à prendre en compte la spécificité des besoins des différents groupes de réfugiés dont votre organisation a la charge. Les Tendances globales identifiées en 2012 ont permis de rappeler qu’aucun groupe particulier ne doit être négligé et que chacun doit faire l’objet d’une attention adaptée à ses besoins. Dans les pays voisins de la Syrie, seuls 40% des réfugiés ont pu être pris en charge dans des camps, pour des raisons diverses. Ces populations, qui cohabitent avec les communautés hôtes, doivent pouvoir bénéficier de la même protection et de la même assistance. Le HCR a déjà élaboré en 2009 une politique spécifiquement tournée vers les réfugiés en milieu urbain, que nous soutenons. Nous vous encourageons à renforcer votre action en ce sens dans toutes les situations où cela est nécessaire.

Pour assurer l’efficacité de votre action, il faut également que l’espace humanitaire soit préservé. C’est là une priorité pour la France, qui ne cesse d’appeler dans toutes les enceintes internationales à ce qu’un accès humanitaire immédiat, libre et sans entraves soit garanti à toutes les populations qui ont besoin d’aide.

Dans le même esprit, il est indispensable que la sécurité des acteurs humanitaires soit garantie, afin que l’assistance nécessaire puisse être apportée aux populations dans le respect des principes humanitaires. En République centrafricaine, l’insécurité généralisée rend extrêmement difficile la poursuite des actions d’assistance à travers le pays, situation aggravée par la destruction des bureaux des organisations humanitaires, y compris celui du HCR à Bangui. En Syrie, au moins 11 employés des Nations Unies sont morts dans l’exercice de leurs fonctions depuis le début de la crise ; nous rendons hommage à leur courage et à leur dévouement. La France continuera à plaider dans toutes les enceintes internationales pour que la protection du personnel et du matériel humanitaire soit assurée, comme l’exige le droit international humanitaire.

La réponse à l’urgence humanitaire est essentielle. Mais les situations de crise prolongées, de plus en plus nombreuses, ne doivent pas être oubliées. Votre engagement en faveur de la recherche de solutions durables pour les réfugiés est remarquable et a tout notre soutien. Dans cette perspective, il est nécessaire de renforcer le lien entre le travail des acteurs humanitaires et celui des acteurs du développement. C’est le sens, notamment, de votre collaboration avec le PNUD en Afghanistan, dont la France se félicite.

Alors que les besoins ne cessent d’augmenter, la nécessité de développer la résilience et de renforcer les capacités des populations affectées devient primordiale. Nous saluons vos efforts en ce sens, particulièrement en Afrique. L’accroissement des besoins induit une augmentation corrélative du budget des acteurs humanitaires, que les donateurs ont du mal à suivre, nous le constatons tous au regard du sous-financement récurrent des appels consolidés lancés chaque année par les Nations Unies. Afin de remplir au mieux sa mission de protection, qui est au cœur de son mandat, le HCR ne doit pas hésiter à solliciter d’autres acteurs. La coordination, sur ce point comme sur les autres, est essentielle.

Vous le savez, Monsieur le Haut-Commissaire, la France est très fortement engagée en faveur de la lutte contre les violences sexuelles et fondées sur le genre. Nous apprécions le travail que vous menez sur le terrain pour la prévention de ces violences, par exemple avec la mise en place de mesures pour l’autonomisation des femmes réfugiées et le développement d’une stratégie en matière d’éducation. Je voudrais souligner que sur ces sujets, où plusieurs acteurs sont compétents (notamment l’UNICEF et l’OMS), le HCR a tout intérêt, et il le fait déjà, à développer des stratégies communes, où les compétences et l’expertise de chacun sont valorisées de la manière la plus opérationnelle possible.

Cette recherche de complémentarité qui doit guider votre action, comme celle des agences humanitaires des Nations Unies, permet d’assurer une meilleure efficacité de la réponse. Nous tenons à saluer, à ce sujet, votre rôle dans la mise en œuvre de l’Agenda transformateur ainsi que vos efforts pour renforcer la coordination avec les autres agences, notamment le BCAH.

Permettez-moi enfin de conclure en renouvelant le plein soutien de la France à l’action du Haut-Commissariat, que nous continuerons évidemment à appuyer dans l’accomplissement de son mandat.

Je vous remercie./.

publié le 03/10/2013

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