3ème Plateforme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe

La 3ème Plateforme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe se tient à Genève du 9 au 13 mai 2011. 2.000 participants sont attendus et 159 gouvernements seront représentés.

La plate-forme mondiale est un forum bi-annuel destiné à être un espace de dialogue et d’échanges sur les derniers développements et connaissances dans le domaine de la réduction des risques liées aux catastrophes.

Cette plate-forme mondiale est organisée par la Stratégie internationale des Nations Unies pour la prévention des catastrophes (United Nations International Strategy for Disaster Reduction ou UNISDR). Les précédentes éditions avaient été organisées en 2007 et 2009.

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Retrouvez ci-dessous l’intervention de Laurent Michel, Directeur général de la prévention des risques et Délégué aux risques majeurs, Ministère de l’écologie, du développement durable des transports et du logement.

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La France est heureuse de participer à ce troisième forum de la plate-forme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe organisé par la Stratégie internationale de prévention des catastrophes .
Sa délégation souhaite prendre une part active et constructive aux débats de cette semaine.

Les évènements de ces deux dernières années nous rappellent, une fois de plus, que les forces de la nature restent sous-estimées, souvent déniées et qu’elles peuvent indifféremment frapper des nations développées comme la Nouvelle-Zélande, la France, les États-Unis et bien sûr le Japon, et des pays en développement comme Haïti ou le Pakistan. Les conséquences sur les personnes et les enjeux économiques, environnementaux et culturels, à court et long termes, viennent questionner l’objectif affiché en 2009 de réduire de moitié le nombre des victimes et, plus généralement, l’efficacité de notre action internationale.

L’adoption du Cadre d’action de Hyogo a permis une importante avancée. Il a fortement contribué à structurer nos priorités autour du concept de résilience . Sa mise en œuvre a permis de grands progrès et nous sommes ici réunis pour tracer la feuille de route d’ici 2015.

Notre constat est que toute société est vulnérable au-delà des enjeux directement exposés. Il nous faut revenir sur les éléments suivants :
- la forte tendance des enjeux à se concentrer dans des zones exposées comme le littoral, le long des fleuves, les pentes des volcans,... augmente l’exposition aux aléas naturels,
- la vulnérabilité de notre société s’accroît du fait de l’interdépendance des systèmes et d’une gestion sans filet de nos réseaux et de nos ressources,
- le sentiment de sécurité donné par les dispositifs de vigilance, d’alerte, de prévention ou de protection peut affaiblir notre capacité collective à faire face,
- la difficulté à intégrer la réduction des risques de catastrophe comme finalité dans la gestion des territoires fragilise leur développement.

Nous souhaitons que ce forum soit l’occasion de revenir collectivement avec lucidité et réalisme sur ce constat.

Mais il nous faut aussi tourner nos regards vers l’avenir.
Le Cadre d’action de Hyogo arrive à terme en 2015. Faudra-t-il le continuer, le remplacer pour tenir compte des nouvelles réalités ou modifier sa mise en œuvre ?
Il nous paraît important dans une approche ambitieuse de lancer dès maintenant la réflexion pour qu’elle puisse aboutir d’ici là.

Dans cet esprit, la délégation française voudrait faire ici trois propositions concrètes .

En premier lieu, nous proposons que soit examinée la possibilité d’un travail collectif par les organisations internationales directement concernées telles l’Organisation mondiale de la Météo, l’UNESCO, le Programme des Nations Unies pour le développement et le programme des Nations Unies pour l’environnement portant sur les besoins et capacités en cas de catastrophe majeure.

Il nous faut introduire cette notion de catastrophe majeure au niveau de la coopération internationale car elle concerne tous les pays, tous les niveaux de la réduction des risques de catastrophe depuis la prévention jusqu’au retour à la normale.

Elle implique un regard neuf sur les références et normes des mesures préventives appliquées dans la plupart de nos pays et qui se révèlent aujourd’hui insuffisantes ou imparfaites car nous sommes confrontés à des effets dominos qui peuvent entraîner l’écroulement de notre système.

La notion de catastrophe majeure implique également le recours à des moyens partagés de recherche et de secours.

En second lieu, il nous faut revisiter le concept de résilience qui allie les notions d’adaptation à une situation prévisible et de rebond face à un événement.
Le cadre d’action de Hyogo ne régit pas les étapes de gestion de crise ainsi que l’organisation des secours, qui sont laissés hors de son champ.

Il nous faut d’une part, aller plus loin et anticiper avant qu’elles se manifestent, les crises à venir ainsi que les formes qu’elles prendront pour pouvoir les neutraliser et d’autre part, connecter de façon efficace les actions de prévention et les actions de secours :
- comment impliquer chacun et surtout intégrer la prévention des risques dans l’ensemble des autres politiques publiques ?
- jusqu’où faut-il se prémunir ?

Ceci mérite d’être discuté en profondeur et servir de pierre angulaire à l’après-Hyogo . Les catastrophes majeures récentes montre la nécessité d’une approche plus pro-active et d’une prospective sur les axes prioritaires vis-à-vis des dangers futurs.

Enfin nous proposons le renforcement des approches scientifiques en développant la pluri-disciplinarité et en favorisant la réhabilitation des études scientifiques et techniques relatives aux sciences de la Terre.
Nous nous sommes concentrés ces dernières années sur les impacts social, humanitaire et économique des catastrophes qui nous ont frappés. Il est important de donner à ces domaines une attention accrue car ils étaient négligés.

Les évènements récents nous montrent qu’il faut redonner de l’importance à une meilleure connaissance scientifique des phénomènes à l’origine des catastrophes.

Il nous faut donc :
- redonner à la science et à la technique une importance au moins égale à celle de l’analyse de nos vulnérabilités,
- augmenter les efforts de recherche dans ce sens,
- encourager enfin les démarches et les visions transversales entre sciences dures et sciences économiques, sociales et comportementales et fortement renforcer les transferts de connaissance des scientifiques aux décideurs.

La réduction des risques de catastrophe est une démarche de progrès qui implique que l’on soit capable de l’apprécier à titre individuel et collectivement.

Elle est aussi une démarche qui implique la mise en mouvement de tous les acteurs, de la collectivité la plus importante jusqu’au citoyen en tant qu’individu.

Pour cela, il faut que chacun puisse accéder à la connaissance, acquérir une forte conscience des risques et posséder une profonde culture de la prévention.

Comme vous tous, nous voulons transmettre à nos enfants et nos petits enfants un monde plus sûr et nous pensons que nos échanges peuvent y contribuer. La sécurité est un droit humain fondamental qui doit être assuré par la responsabilisation individuelle et collective.

C’est pourquoi nous nous félicitons de l’audience de cette plate-forme mondiale à laquelle nous souhaitons participer de façon constructive .

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publié le 13/05/2011

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